De l’écologie et du spécisme

Depuis quelques temps, je vois circuler une vidéo canadienne (celle-ci en particulier mais il y en a d’autres) qui se propose comme outil de sensibilisation aux dangers du « spécisme », c’est-à-dire la discrimination sur base du critère de l’espèce, et qui dénonce l’idée selon laquelle l’humain est supérieur aux autres animaux sur cette planète.
Il est vrai que, dernièrement, il a beaucoup été question de la violence gratuite faite aux animaux et ce sujet n’a pas manqué d’occuper les pages des réseaux sociaux (sous des formes souvent fort discutables et parfois affreusement explicites et voyeuristes).

Dans cette vidéo qui dénonce, on peut entendre que les animaux et les humains « partagent les intérêts les plus fondamentaux : l’intérêt à vivre et l’intérêt à ne pas souffrir. » Il est dit également sur base de ces deux affirmations, et je cite, que « si une personne décide d’ignorer l’intérêt qu’a un animal de vivre et de ne pas souffrir, et décide de payer un fermier afin de l’abattre dans le simple but de satisfaire ses papilles gustative, cette personne se rend coupable de spécisme ».

J’ai toujours été d’une grande émotivité au sujet du respect du vivant et je me reconnais une sensibilité en affinité avec le bouddhisme. Ces questions ne me sont donc pas du tout étrangères. Mais il y a 2 aspects à ce discours qui me choquent : en premier lieu, une attribution limitée de ces intérêts fondamentaux aux seuls animaux et en second lieu, la notion de culpabilité.

Premièrement, animal et être vivant sont ici présentés comme des synonymes en stricte symétrie ; ce qui pour moi est une grossière erreur. Il est pourtant bien question des intérêts fondamentaux des êtres vivants sur cette planète et l’intervenant pose lui-même comme cadre de définition la capacité à ressentir la souffrance, à communiquer, ainsi que la volonté de se maintenir en vie.
Or, toutes ces caractéristiques sans exception sont également reconnues aux êtres vivants du règne végétal grâce, notamment, aux nombreuses études menées sur la communication des végétaux entre eux, sur leur capacité à ressentir le stress et la souffrance, à réagir à ces stimuli négatifs de façon parfois radicale pour se protéger des prédateurs qui menacent leur survie. A n’en pas douter certains végétaux sont plus armés que certaines espèces animales en matière d’auto-défense et d’élan de survie. Ce sont aussi des êtres communicants qui, bien que muets à nos oreilles et à nos sens, sont doués d’une grande sensibilité. (A ce sujet, je vous conseille un documentaire particulièrement captivant disponible sur Daily Motion.)
En suivant le raisonnement de la vidéo, on conclut donc que c’est cruel de tuer un être sensible du règne animal pour se nourrit mais que par contre c’est tout à fait bien de tuer un être sensible du règne végétal pour la même raison. C’est comme si du spécisme on passait au « régnisme », en privilégiant les êtres vivants du règne animal sur ceux du règne végétal. Sur ce point, ma sensibilité se cabre. Car on prendra sa vie à un légume pour en faire une soupe autant qu’on prendre sa vie à un animal pour en consommer la viande.
En parlant de bouddhisme, si je remonte à ses origines hindouistes, j’ai pu constater dernièrement que les justifications religieuses qui conditionnent les habitudes alimentaires végétariennes de la communauté hindoue en Inde ont des contours plus flous qu’il n’y parait au départ. Si la vache reste sans conteste un animal sacré pour cette communauté, qui désapprouve la consommation de viande bovine dans les communautés chrétiennes et musulmanes du pays, elle a aussi ses petits arrangements avec la loi karmique en fonction de la nourriture présente dans l’environnement. Il est dit, par exemple, que les brahmanes du nord mangent du poisson car ils sont « les fruits du Gange », ce fleuve sacré. Est-ce une justification a posteriori des gens du sud pour leur consommation de poisson, facilement accessible dans les zones côtières ou un fait avéré chez ces fameux « brahmanes du nord » ? Je n’ai pas encore poussé mes recherches jusque là. Toujours est-il que le clivage entre règne animal et végétal dans des philosophies religieuses qui sont basées sur l’interconnexion de tous les êtres m’a toujours posé question.

Deuxièmement, il y a cette notion particulièrement négative de « culpabilité ». Effectivement, à l’heure où on constate qu’il faut énormément plus de ressources pour élever un animal que pour produire son équivalent en poids de céréales, (re)manger de la viande est un choix très chargé négativement pour certains. Pourtant, sur cette planète, nous ne pouvons nous maintenir en vie qu’en absorbant d’autres vies.
Nions ce principe et nous nions la vie elle-même. De plus, les principes du GAPS nous apprennent à quel point il est nécessaire de se nourrir au plus proche de ce qui fait notre structure biochimique et l’alimentation d’origine animale en fait largement partie. Nos corps sont conçus pour cela.
Ce qui est insoutenable, en revanche, c’est le massacre organisé d’animaux malades, élevés dans des conditions monstrueuses, de façon industrielle et c’est là toute l’horreur du monde moderne trop occupé à produire pour produire.
Étant donné que dans le régime GAPS, consommer une viande issue de l’agriculture bio la plus saine possible et la plus respectueuse de l’animal est un impératif, la question se pose déjà différemment. Mais il est vrai que l’abattage reste une chose très lointaine, reléguée dans un coin sombre.

Pour composer avec cela, comme je l’ai déjà évoqué dans l’un des trois articles sur les « piliers du GAPS », je suis heureuse que cette façon de cuisiner la viande soit une des plus économe qui soit, qu’elle tire profit le plus pleinement possible de chaque morceau de viande et même de ce qui est encore considéré comme des déchets de boucheries et des parties peu nobles. Cela peut faire sourire, mais il n’est pas rare aussi que je remercie l’animal que je plonge dans une marmite pour les précieuses forces de guérison qu’il m’apportera. Une façon pour moi d’être dans un minimum de respect et de reconnaissance.

Cette culpabilité, bien étrangère au monde animal qui doit encore chasser pour vivre, est tout à fait stérile et paralysante à mon sens ; je préfère parler de responsabilité et adopter une certaine forme de déférence pour la vie prise et la vie donné, dans la limite de nos besoins concrets.

Chez les maîtres de l’agriculture naturelle comme Fukuoka ou Bhaskar Save l’idée qu’il faille laisser une partie des récoltes pour nourrir la terre et les animaux est tout à fait centrale. Si l’on pouvait progressivement revenir à une agriculture et un élevage éloignés de la prédation disproportionnée actuelle, les rapports de vie et de mort seraient sans doute mieux conscientisés et plus proche d’une véritable responsabilité.

D’aucun pourront bien sûr se priver de nourriture et se laisser mourir de faim pour échapper à cette réalité concrète mais c’est se soustraire au principe de vie qu’ils prétendent défendre au départ et renoncer à sa place en tant qu’être vivant sur cette planète.

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5 réflexions sur “De l’écologie et du spécisme

  1. Je pense que la fréquence de la consommation d’animaux devrait, dans l’idéal, être lié au climat. En ce sens dans un pays tropical, on mangera essentiellement des fruits, dans un pays froid, beaucoup de viande, et dans un pays tempéré, un peu de tout. Mais avec la mondialisation, tout est mixé 😀

    « Pourtant, sur cette planète, nous ne pouvons nous maintenir en vie qu’en absorbant d’autres vies. » : J’approuve !

    Par contre, je n’aime pas trop les affirmations du type nous sommes faits pour manger de la viande ou l’inverse. Pour moi, nous ne sommes pas fait pour manger d’une nourriture particulière, nous pouvons manger de tout selon nos préférences. L’exception, c’est les gens victimes de GAPS qui ont, je crois, besoin de manger beaucoup de produits animaux pour guérir. Là nous sommes d’accord. Autrement chez les personnes en bonne santé, le corps est capable de s’adapter relativement bien à la nourriture qu’on lui donne.

    • Pourvu que cette nourriture soit sous une forme naturelle et assimilable facilement par le corps (dans le cas des sources végétales, c’est un point discutable).
      Mais tu as raison, Corwin. C’est un besoin particulièrement marqué chez les personnes qui ont des symptômes liés au GAPS. Étant donné qu’ils sont l’écrasante majorité vu la situation sanitaire planétaire et l’utilisation massive des antibiotiques, j’ai tendance à généraliser. Ne serait-ce que pour des questions de prévention (pré-conception, petite enfance, etc).
      Mais heureusement tout le monde n’a pas besoin de suivre le GAPS et, surtout, c’est un mode d’alimentation conçu pour pouvoir être assoupli dès que les fonctions digestives et immunitaires sont rééquilibrées.

      • Tu soulignes un point particulièrement intéressant flosapertus : la PREVENTION ! J’y ai pas pensé. Ca me paraît même être un point crucial. D’ailleurs dans l’interview de Donna Gates et Campbell McBridge, ça me rappelle qu’à plusieurs moments elles insistaient sur la nécessité de prendre en charge le plus tôt possible les enfants qui en auraient besoin. De plus, si une femme n’a aucun problème aujourd’hui, en suivant une alimentation conventionnelle il y a de forte chance que son/ses enfant/enfants soient atteints de problèmes de santé plus ou moins importants. Et ouais, ce serait con que nos descendants soient de moins en moins bonne santé 😀

      • Mais bien sûr ! C’est pour ça que c’est un sujet passionnant qui concerne tout le monde ! 🙂
        Dans le livre sur le syndrome entéropsychologique, il y a un chapitre entier destiné aux futurs parents ; sur le projet d’enfant et les corrections alimentaires pré-conception, sur à la grossesse et enfin sur l’alimentation des nouveau-nés.
        C’est vraiment un livre à mettre entre toutes les mains ! 😉

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